Une juive en Nouvelle-France par Pierre Lasry

Commentaires de Jean-Marie Gélinas

 

Éditrice, Diane (Brien) Gélinas, Gatineau, Qc, Canada

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!Je ne doute pas, que Pierre Lasry ait respecté à la lettre l'itinéraire d'Esther Brandeau, tel que rapporté en septembre 1738 dans le procès verbal,  de Varin de La Mare,  commissaire de la Marine en la ville de Québec.

 

Tout au long du roman, Pierre Lasry nous décrit magnifiquement et avec amour le caractère et la personnalité juive d'Esther Brandeau.  Dans ce roman historique,  Esther Brandeau  pour la première fois sort de l'oubli où nos historiens l'avaient confiné. À son arrivée en Nouvelle-France, Esther Brandeau en se déclarant d'origine juive a attiré toute l'attention des autorités françaises de l'époque,  qui jusque là, avaient ignoré  ou feint d'ignorer l'arrivée au Québec des  nouveaux chrétiens mélangés aux catholiques et aux protestants, qui  fuyaient l'intégrisme  européen. Il est vrai, que les nouveaux chrétiens devaient déclarer aux autorités françaises de l'époque être des catholiques ou bien des protestants, et, en donner la preuve  avant de s'embarquer au port de La Rochelle pour la Nouvelle-France. Est-il possible que le noble  Michel de Salaberry ait oublié ce détail ?  Ou a-t-il eu une autre raison de fermer les yeux ?  Voilà  la question  ? Voilà l'intrigue ?   

 

La lecture du procès verbal  de Varin de La Mare, tel que retrouvé dans nos archives,  laisse un curieux vide d'information et de témoignage sur une possible complicité qu'Esther Brandeau aurait pu bénéficier pour s'embarquer au port de La Rochelle.  On peut s'interroger sur le motif  qui a poussé Esther Brandeau à s'embarquer comme passagère sur le St Michel pour la Nouvelle-France ?  Encore une fois,  un seul témoignage dans ce dossier pour nous éclairer, celui d'Esther Brandeau ? Le principal témoin dans ce dossier, Michel de Salaberry, n'est pas interrogé, il est absent, pourquoi ?  Comment ce fait-il, que la responsabilité dans ce dossier repose uniquement sur les épaules d'Esther Brandeau ? Tout de même, un capitaine à bord de son navire,  en plus de répondre à la justice du Roy,  n'est-il pas le seul maître et responsable à son bord après Dieu ?        

 

Examinons la déclaration  faite à Monsieur Varin de La Mare  par Esther Brandeau  en la ville de Québec,  le 15 septembre 1738.  " Elle déclare être âgée de 20 ans,  s'être embarquée à La Rochelle sur le  Saint-Michel commandé par le sieur Salaberry (Michel de Salaberry)  en qualité de passager, habillé en garçon sous le nom d'emprunt de Jacques La Fargue ".   Elle ajoute se nommer Esther Brandeau,  juif de nation, négociant au bourg de Saint-Esprit, diocèse de Daxe,  près de Bayonne, et,  être de religion juive ".

 

Elle raconte qu'il a cinq ans que son père et sa mère la firent embarquer au dit lieu sur un navire hollandais, capitaine Geoffroy,  pour l'envoyer à Amsterdam, à une de ses tantes et à son frère :  que le navire s'étant perdu (avril ou mai 1733) sur la barre de Bayonne dans les dunes, elle fut heureusement sauvée à terre avec un des gens de l'équipage,  qu'elle fut retirée par Catherine Churiau veuve,  et demeurant à Biarritz.  Que quinze jours après,  elle partit habiller en homme pour Bordeaux où elle s'embarqua en qualité de coq,  sous le nom de Pierre Alansiette,  sur une barque commandée par le capitaine Bernard destinée à Nantes,  qu'elle retourna par la suite à Bordeaux sur le même bateau, où elle s'embarqua de nouveau en la même qualité sur un bâtiment espagnol,  capitaine Antonio,  qui partait pour Nantes.  Arrivée à Nantes,  elle déserta et s'en alla à Rennes,   où elle se plaça en qualité de garçon chez un nommé Augustin, tailleur d'habits,  où elle reste 6 mois.

 

Varin de La Mare demande à Esther Brandeau de dire la raison pour laquelle elle a déguisé ainsi son sexe pendant cinq ans, sur quoi elle nous dit,  qu'elle s'est sauvée du naufrage arrivé à Bayonne, elle tomba dans la maison de Catherine Churiau, comme il est dit ci-dessus, qu'elle lui fit manger du porc et, d'autres viandes dont l'usage est défendu parmi les Juifs, et qu'elle prit la résolution dans ce temps de ne plus retourner chez son père et sa mère pour jouir de la même liberté que les chrétiens ?

 

À Versailles, on resta sceptique devant une telle déposition.  " Je ne sais si l'on doit ajouter foy entière écrivait le ministre à l'intendant Hocquart, à la déclaration faite par la nommée Esther Brandeau, qui l'année dernière, déguisée en garçon s'est embarquée sur le bateau le Saint-Michel : et qui se dit juive " ?

 

Source consultée :

 

 

 

La Nouvelle-France n'a jamais été une colonie pénale :

 

Tout au long de son histoire, La Nouvelle-France n'a jamais été une colonie pénale.  C'est la colonie de La Nouvelle-Orléans qui remplissait cette fonction pour la France,  mais jamais à un niveau aussi élevé que les colonies anglaises, qui fondèrent plus tard les États Unis. Si La Nouvelle-France avait été une colonie pénale,  l'Amérique aurait été française !

 

En 1988,  lors de recherches aux Archives Maritimes de La Rochelle en France,  j'ai pris connaissance d'un document du 17e siècle,  un règlement qui faisait force de loi au port de La Rochelle et qui établissait clairement la volonté du Roy de France,  interdisant formellement à toutes autorités portuaires, commandants de navire compris etc... de recruter des itinérants,  des vagabonds et de les embarquer sur les navires en partance pour La Nouvelle-France.  Toutes les personnes sans exception qui s'embarquaient comme passager sur les navires en partance pour la Nouvelle-France, devaient préalablement être vérifié par les autorités portuaires y compris les capitaines de navire.  Le règlement royal était formel,  tous devaient être identifiés et,  en possession des papiers requis pour s'embarquer. 

 

N'embarquait pas qui voulait pour la Nouvelle-France ! Tout manquement à ce règlement du roi de France était sujet à la rigueur de la justice royale.  On peut consulter ce document en tout temps aux Archives de La Rochelle en France. De plus, chaque passager sur les navires à cette époque, coûtait une fortune. Il ne faut pas l'oublier !  

 

Source consultée :

 

Le Sieur Michel de Salaberry est noble, il est le fils de Martin et de Marie Michelance, de St-Vincent-de-Cibour, diocèse de Bayonne, Gascogne.  En 1737,  à La Rochelle, il est nommé capitaine du navire le " St Michel " avec lequel la même année,  il ne fait qu'un seul voyage en Nouvele-France.  Michel de Salaberry est légalement marié, car auparavant, il était venu au Québec en 1735,  où il avait épousé le 14 mai de la même année,  Marie-Catherine Rouer de Villeray,  elle était la fille de Augustin Rouer de Villeray Sieur de la Cardonnière et de Marie-Louise Pollet (et la petite fille de Louis Rouer de Villeray de la Cardonnière, lieutenant civil et criminel en Nouvelle-France,  qui était le fils de Jacques Rouer de Villeray valet de chambre de la Reine, de N.D. en Grève, ville d'Amboise, évêché de Tours; s. 7 déc. 1700, dans l'église de Québec).     

 

Le Sieur Michel de Salaberry a vécu au Québec, le temps que sa femme Marie-Catherine Rouer de Villeray lui donne deux filles et celle-ci mourut de mort subite le 26 août 1740.

 

Enfants : 

 

Peu de temps après le décès de son épouse Marie-Catherine Rouer de Villeray, Michel de Salaberry regagna la France.  Et selon les archives, à partir de l'aventure d'Ester Brandeau en Nouvelle-France, Michel de Salaberry n'a plus assumé de commandement de navire marchand.  Coïncidence ? Ce n'est qu'en 1745, qu'il reviendra au pays, pour transmettre au gouverneur,  le marquis de Beauharnois des ordres du  Roy. Lorsque de nouveau le Québec l'accueillera en 1750,  on le retrouve comme  officier sur la frégate " L'Anglezea ",. 

 

Le 30 juillet 1750,  à Beauport, Michel de Salaberry épouse en seconde noces Madeleine-Louise Juchereau Duchesnay de Saint-Denis,  dont le père est le seigneur de Beauport.  C'est seulement en 1752,  qu'on le retrouve capitaine d'une flûte du Roy,  commandant du vaisseau " Le Chariot Royal ". 

 

C'est en 1760, après la conquête, qu'il entre définitivement en France où sa femme Madeleine-Louise Juchereau Duchesnay de Saint-Denis y décède trois ou quatre ans après.  Durant son séjour au Canada, sa femme lui avait donné un fils : Louis-Igace-Michel, né le 5 juillet 1752.  Afin que celui-ci puisse réclamer le domaine hérité de sa mère, il le confie à ses grands-parents maternels au Canada qui lui font faire des études au séminaire de Québec, études qu'il va par la suite parfaire en France. 

 

Louis-Ignace-Michel de Salaberry revint au Canada à l'âge de 22 ans.  En 1775,  capitaine de milice, il recrute des volontaires qui se joignent à l'armée régulière pour repousser l'invasion américaine.  Il se  marie en 1778.  Il épouse Françoise-Catherine Hertel, fille de Joseph Hertel, seigneur de Pierreville.  Avec sa femme, il s'établit à Beauport dans le manoir qui avait été celui de Robert Giffard.  Charles-Michel  (le futur héros de la bataille de Châteauguay naît dix mois plus tard.  Trois autres enfants suivent,  mais meurent à leur naissance.        

   

Comme on vient de le voir, Michel de Salaberry,  l'ancêtre est d'une famille d'origine noble.  On fait remonter la noblesse de cette famille au neuvième siècle.  Un descendant du roi de Navarre de l'époque fonda la maison vicomtale de Sault dont les Salaberry descendent.  En 1099, un ancêtre des de Salaberry a fait la croisade aux côtés de Godefroy de Bouillon.  Au  cours du 17e et 18e siècle, les de Salaberry se distinguent au service du Roy de France.  L'un d'eux, l'abbé Louis-Charles-Victoire-Vincent de Salaberry fut conseiller d'État en 1758.  Un autre, Charles-Victor-Vincent de Salaberry fut victime de la Révolution française en 1794.

 

En 1546, la famille de Salaberry se scinda en deux branches : l'aînée et la cadette. C'est la branche cadette qui se fixa au Québec.

 

Sources consultées:

·        Dictionnaire généalogique des Familles canadiennes,  Mgr. Cyprien Tanguay.

 

Comme on l'a vu, il est difficile d'expliquer comment Esther Brandeau  s'est embarquée seule sur le St-Michel sans être aidée, et sans complicité de son capitaine ? Ou d'une autorité portuaire ?  Qui est le complice qu'on a voulu cacher dans ce dossier ?   Peut être une histoire d'amour ?  Pourquoi pas ?

 

Lorsqu'on tire la couverture qui dissimule cette aventure historique d'Esther Brandeau,  on reste songeur de  la manière dont le Sieur Varin de La Mare, commissaire de la marine royale de Québec a mené son enquête ?  On comprend mieux aussi, l'implication du Roy,  qui paya le passage du retour en France d'Esther Brandeau ?

 

Comment  peut-on comprendre l'histoire d'Esther Brandeau  si longtemps tabou au Québec ?  Le secret d'Ester Brandeau et de Michel de Salaberry devra-t-il rester longtemps enfoui dans notre mémoire collective ?

 

Quels que soient les motifs cachés de cette histoire,  aujourd'hui,  il apparaît  clairement,    que l'aventure d'Esther Brandeau en Nouvelle-France n'a pu être possible qu'avec un  complice ?  L'absence de témoignage dans ce dossier du principal témoin, Michel de Salaberry,  nous apparaît  anormale ?    

 

 

 

Bourg St Esprit : (autres considérations)

 

Abraham Andrade,  citoyen du bourg St-Esprit, guidé par le sentiment de sa jeunesse,  qui le portait en avant,  se mit pour ainsi dire à la tête du mouvement  sage de la Révolution française de 1789.   Pensant qu'il ne fallait pas y résister,  mais la plutôt la diriger,  il insinua que le bourg St-Esprit,  ainsi que l'avait fait la capitale,  devait être dédié à Jean-Jacques Rousseau  et que ce nom  devait remplacer le nom de leur bourg pas trop chrétien.

 

À la révolution,  tous les citoyens de Jean-Jacques Rousseau  (anciennement le bourg St-Esprit) durent se soumettre à venir déclarer leur fortune à l'État français,  et il en fut former un tableau,  qui accusa les richesses que chacun pouvait posséder.  Les grandes familles juives  y sont toutes inscrites et l'ensemble de leurs fortunes accuse une somme de 7 500 000 livres contre celle de 1 290 000 attribuée aux autres habitants non juifs du même lieu.

 

Liste des citoyens juifs de Jean-Jacques Rousseau (bourg St-Esprit) et de Grande Redoute

 

Leon Lafite

100 000 livres      

veuf sans enfant

La veuve de Moyse Henriques  de Castro

100 000 livres      

veuve sans enfant

David Alexandre

60 000 livres      

mari et  femme

Lassarade

70 000 livres      

mari et femme,  5 enfants, beau-père et belle-mère ayant un établissement très lucratif

Samuel de Jacob Louis Nounés

50 000 livres      

mari et femme

Marq foy  père

50 000 livres       

mari et femme,  1 enfant

Delvaille  père et fils

150 000 livres      

leurs femmes, 6 enfants

Joseph Desirat,  pâtissier

60 000 livres      

veuf, 2 enfants

Jacob Henriques de Castro

120 000 livres      

mère, femme, tante, 6 enfants

Bernard ainé

50 000 livres      

veuf, 1 enfants

Ballas & fils,  boulanger

40 000 livres      

même ménage, leurs femmes

Lévy ainé

60 000 livres      

veuf, 4 enfants

Lévy cadet

50 000 livres      

célibataire

Dominique Larrieu

100 000 livres       

femme, 4 enfants

Laforcade

200 000 livres      

veuf, sans enfant

Mendez France

150 000 livres     

femme, mère, 4 enfants sans comprendre ses biens en Amérique

Céfourcade

50 000 livres      

femme, 4 enfants

Jean-Baptiste Gassis

40 000 livres     

femme,  8 enfants

Gignan

50 000 livres      

mari et femme

Laconne

100 000 livres      

mari et femme, 8 enfants

Forgue,  notaire

40 000 livres      

mari et femme

Benjamin Ferro et belle-mère

45 000 livres      

mari et femme et belle-mère,  1 enfant

Samuel  de Samuel Nounés

70 000 livres      

mari et femme

Veuve Castro et fils cadet

100 000 livres      

avec 6 enfants

Dormillier,  directeur

200 000 lvres      

6 enfants

Nunés  frêres

200 000 livres      

2 femmes, 6 enfants, 2 ménages

Abraham Nunés

150 000 livres       

sa femme et 2 ménages

Delvaille l'ainé

150 000 livres      

femme, 8 enfants

David Salzedo

40 000 livres     

femme 4 enfants

Furtado jeune

180 000 livres      

mari et femme

Abraham Louis Nounés

 

 

Jullian

 

 

Daniel Fernandez Patto

70 000 livres      

mari et femme, 4 enfants

Moyse Fernandez Patto

100 000 livres      

veuf, 1 enfant

Benjamin Nunés

50 000 livres      

mari et femmes, 6 enfants

Desclaux

40 000 livres      

femme,  mère, 1 enfant

Duffau, maréchal

40 000 livres      

mari et femme, 2 enfants

Lartigue

50 000 livres      

mari et femme

Gassané

60 000 livres      

mère et fils

Labrouche

150 000 livres      

mari et femme

 

Abraham Fernandez Patto et Margueridon Montespan sont respectivement président et présidente de la communauté du bourg St-Esprit, devenu à la Révolution comme on l'a déjà dit, Jean-Jacques Rousseau et Grande Redoute.  Il semble, qu'il est eu un président pour les hommes et une présidente pour les femmes au moment de la Révolution française?

 

On y trouve les noms d'hommes suivants aux autres déjà nommés:

Abraham Fernandez Patto - Larre -  Moffre - Patto, jeune - Isaac D'Avron Rodrigue - Dominic Larrieu - Josué Patto - Baptiste Laporte - Abraham de Jacob Louis Nunés - Valery cadet - Estoup

 

Pour les femmes les noms suivants :

Margueridon  Montespan - Victoire Tavarez - Lacorne - Céfourcade - Sara Olivera - Judith Louis Nunez - Thérèse Bagnères - Rosette Silva - Larre - Chanda - Desbarbet.

 

Autres noms :

Bergez  Maître du comité (probablement le rabin)  -  Gabriel P. Souarez - J. Léon - Valéry - Dandrade -  Bernal -  Tavarez -  Isaac Gomez Baïs - fonction de hasan, Moïse Brandam - Ester Morais - Samuel Baruch Cavaillo - Jeosua Los Rios Espinosa - Ester Leon - Rachel de Herera - Jacob Frois - Elie Pechaud - Sara Rachel Rodrigue - Ester Bais - Rebeka Dacosta - etc...

 

Sources consultées: 

 

 

Recherches :  Jean-Marie Gélinas

13 août  2001